La corde était trop courte ... j'avais mal évalué la longueur!!
Je me retrouvais du coup avec 102 kgs de chairs bien ficelées mais sans pouvoir faire de noeud pour consolider le tout, les deux bouts de la corde dans les mains, à un mètre l'un de l'autre.
"Qu'allez-vous me faire, maître?" demanda le saucisson brioché.
Une sueur froide vrilla mon échine ... début d'angoisse. Dans ce genre de situation désespérée, la meilleure défense étant l'attaque, j'optais alors pour une réponse politicienne.
"Ach, mais vas-tu te taire, pissotière!! Tu veux encore que j'urine sur ton visage, c'est ça? Dis encore un mot et c'est ce à quoi tu auras droit!" Elle ne moufta
plus un mot.
J'avais gagné 1 à 2 mins de répit, mais il allait falloir faire quelque chose, mon sac de noeud n'était toujours pas résolu et si je voulais encore faire illusion en tant que maître es-bondage,
il fallait que je trouve le moyen de fixer ces satanés bouts de ficelle.
Bon, faisons un tour rapide de la situation, j'aurai peut-être une idée éclair.
Mon hôtesse, Mme Packpapier, avait un genou en l'air, retenu par une corde à un gros anneau au plafond, et collé à son sein gauche par une attache derrière son dos. Son autre téton teuton était
compressé comme il faut. L'autre pied reposait parterre, sur sa pointe, et ses deux bras étaient reliés par les coudes dans son dos, et censés être maintenus en l'air par le retour de la corde du
genou à travers l'anneau. Seulement la corde était trop courte, et après avoir tiré le tout et donc soulevé en partie le quintal de ma bourgeoise de cliente (Au passage, le principe d'Archimède
m'aurait bien aidé, mais il semblait qu'il m'avait lui aussi abandonné sur ce coup-là!), je me retrouvais dans ma damnée position.
Tout était donc en équilibre: le corps de Mme Packpapier et ma crédibilité.
J'avais pourtant sacrement potassé le "Guide du bondage" par Kristine Imboch, alias "Lorelei", clin d'oeil patriote à ma cliente fortunée. Seulement, j'avais dû rater une étape, et au final, je
n'allais pas tarder à être démasqué.
Je n'aurais pas dû me faire la main sur une riche héritière d'industriel de Basse-Saxe; mauvaise idée, ou du moins, j'aurais peut-être dû revoir mes qualifications (inexistantes à vrai dire) à la
baisse. J'étais censé être ligoteur de haute volée, et je n'étais même pas capable de calculer une longueur de ficelle!
Seulement voilà, des problèmes financiers, une rencontre fortuite dans un club libertin et 10 000 euros pour une séance de sauterie à la corde avaient eu raison de mes doutes.
Quelle idée aussi d'avoir envie de se faire ficeler comme un gigot!
Mais le plus éprouvant dans mon cas était que Mme Packpapier voulait non seulement être entièrement nue, mais que je l'accompagne sur ce plan, ce qui donnait une sorte de couple originel
légèrement surréaliste. Elle avait ensuite exigé que je commence par lui enfoncer un gros gode "plug" dans le cul, qu'elle voulait garder en elle pendant toute la séance. Cette option imprévue
dans le contrat pourtant bien ficelé au départ fut suivie d'une demande d'injures et d'une séance d'urologie ... super!
Je restais coi et inerte, et j'aurais dû renoncer devant cette surenchère de souhaits bizarres, mais la vénalité était l'un de mes vilains défauts, et lorsqu'elle se retourna pour se pencher
en avant, ses mains aux ongles longs et violacés, écartent deux masses flasques qui n'avaient de "fesses" que le nom, je m'exécutais, la rallonge de 2000 euros m'ayant reboosté un peu.
Pourtant, malgré le lubrifiant et beaucoup de volonté de sa part, et je dois le reconnaître, de la mienne, il m'avait été impossible de lui enfoncer ce plug jusqu'à la garde. Dès que je le
lâchais, un phénomène de ventouse inversée l'expulsait violemment. J'avais donc dû le maintenir au maximum enfoncé en l'attachant avec une corde autour de la taille...
MAIS BIEN SÛR !!! Voilà où étaient passés mes centimètres de cordes qui me faisaient maintenant défaut !!!
Je maudissais ce fichu gode en maugréant doucement! Qu'elle idée de céder à ce caprice anal, bon sang!
C'est alors qu'en relevant la tête, je vis de fines coulées de plâtre sur la teinture rousse de Mme Packpapier
Le gros anneau semblait donner des signes de lassitude! J'avais pourtant émis mes doutes quant à sa robustesse, mais elle m'avait séché en m'apprenant qu'il avait
supporté un lustre style Louis II pendant près d'un siècle, sans laisser une seule craquelure au plafond.
Seulement, la taille de guêpe qu'avait pu avoir Mme Packpapier devait justement remonter à des lustres, parce que je voyais maintenant très clairement une fissure partant de l'anneau et
s'échappant à plus de 40cms.
J'entreprit alors de relâcher doucement la corde pour soulager l'anneau, mais il était trop tard, celui-ci se détacha d'un coup sec , me faisant basculer en arrière, impuissant dans ma nudité,
emportant le paquetage avec moi.
Mme Packpapier ne sembla pas comprendre ce qu'il se passait car elle n'émit aucun son, du moins, jusqu'à ce qu'elle tombe sur ses fesses en plein sur mon ventre. Sous le choc, le plug anal finit
de s'enfoncer brusquement jusqu'au bout, laissant échapper de la gorge gutturale de ma bourgeoise un énorme juron ... ou une syllabe de plaisir, je ne sais pas ... la langue allemande, vous
savez.
J'eus toutes les peines du monde à me relever de cet assaut, puis encore plus à retirer le gode, et je pense finalement que les 12000 euros qu'elle me versa sans une parole, furent surtout un
signe de remerciement pour cette dernière action désespérée.
Irrésistiblement en relisant tes mots je pense à Frédéric Dard que j'ai découvert tardivement car je croyais stupidement que cet auteur vendu dans les relais H n'écrivait que des romans de gare ! Il n'en est rien et cet homme avait le génie du trait et celui de restituer en quelques mots une scène avec ses couleurs, ses parfums et tout son relief. A mes yeux ton style est de cette " trempe" là et faute de corde on a vraiment envie de se pendre à tes mots !
Au delà de l'aspect comique, par delà le côté outrancier de la scène il y a toute cette part obscure de vérité humaine faite de fragilités,de détresse et de décadence qui, en filigrane, reste particulièrement émouvante.
Merci pour cet écrit que j'ai apprécié à tous ces niveaux là.
Baisers liés de soie...
Elise
E&M
j'avoue être toujours impressionné par ta capacité à pondre des critiques aussi fournies et aussi aisées.
merci pour ta lecture assidue et au plaisir de satisfaire encore ta soif de lecture.
Day
PS: effectivement, j'ai moi-même cet à priori sur Frederic Dard. Les "San Antonio" ne m'ont jamais attiré. Je vais peut-être aller faire un tour du côté de ma librairie de quartier pour en acheter un, au vu de ce que tu décris. Je sais qu'il en a écrit plusieurs dizaines, lequel me conseillerais-tu pour commencer en beauté?
La seule chose que je me permets de te conseiller c'est au moins de lire 3 bouquins de lui ( plutôt ceux écrits en milieu et fin de vie ) afin de bien t'imprégner non seulement du style argotique mais aussi de " l'esprit" de Frédéric Dard et tu t'apercevras qu'au delà de l'aspect policier du récit, par delà les personnages récurrents dont il narre les aventures parfois abracadabrantes il y a ce talent du trait mais également en filigrane et mine de rien quelques pensées fort philosophiques.
J'espère que tu me tiendras au courant dans le futur et me diras ton appréciation.
Bises
Elise
E&M
Attendant impatiemment le bonheur de lire un nouvel article je t'adresse mes fidèles et affectueuses pensées.
Elise